samedi 28 mars 2015
mercredi 25 mars 2015
Marée de vive-eau de l'équinoxe de printemps (fin)
La marée est basse maintenant. Profitant de l'étale, je me délecte des formes surprenantes prises par le granite.
Je ne peux m'empêcher de rester en arrêt sur quelques particularités géologiques : enclaves et filons d'aplite, filons de quartz, foliation...
La mer commence à remonter de façon perceptible. Il est temps de quitter les lieux.
Au passage, on jette un petit regard dans les brèches, les creux, les flaques, surtout quand on y perçoit un gargouillis. Qui sait, un crabe imprudent pourrait se laisser prendre.

12h45. Pour les chanceux, c'est l'heure de faire chauffer l'eau et préparer le bouquet garni.
Au fait, j'oubliais, Enez Nonna est redevenue une île. A marée haute (17h30), qui penserait pouvoir y aller à pied ?
lundi 23 mars 2015
Marée de vive-eau de l'équinoxe de printemps (3)
Un trio s'est installé au sommet d'une roche. Je crois que ces garçons et cette fille, absorbés qu'ils étaient dans la contemplation de l'océan, furent les derniers à quitter l'île.
De leur poste de vigie, on peut suivre le déferlement des vagues sur les récifs de Men-Hir...
et aussi, plus loin vers le sud-est, estompé par une légère brume, un chapelet d'îlots rocheux, ar C'heloù, tristement célèbre pour avoir causé plus d'un naufrage, . Ces écueils portent en français un nom d'origine viking, les Etocs, originellement stakkr (meules de foin, tas).
(à suivre)
dimanche 22 mars 2015
Marée de vive-eau de l'équinoxe de printemps (2)
Le sommet de l'île est occupé par une masse de granite aux formes torturées, œuvres de millions d'années d'érosion, aujourd'hui sculptées par l'eau et le sel. Perché sur son piton, un goéland argenté impavide surveille les visiteurs du jour.
Être l'objet d'étude d'ornithologues est gratifiant...
Mais ce malotru manque de savoir-vivre...
(à suivre)
Mais ce malotru manque de savoir-vivre...
(à suivre)
Marée de vive-eau de l'équinoxe de printemps (1)
Samedi matin, je me prépare à la "marée de 119". 10 h, je chausse des bottes de caoutchouc, tourne le dos aux phares et me mets en route plein ouest pour rejoindre l’extrémité d'Enez Nonna (l'île de St Nonna, un Irlandais qui aurait accosté au VIe siècle dans les parages après avoir traversé la mer sur son bateau de pierre).
La marée basse est à 11 h 30, ça me laisse le temps de progresser prudemment parmi les blocs, les trous d'eau, les algues glissantes.
Les "bassiers", comme on les nomme, sont déjà à la tâche, fouillant sous les blocs et les grosses pierres, à la recherche d'étrilles, de kranked saoz* (dormeurs), d'ormeaux et accessoirement -ils sont plus difficiles à débusquer- de homards.
Aujourd'hui, j'ai pris le parti d'être un pur contemplatif, je ne les accompagnerai pas.
Aujourd'hui, j'ai pris le parti d'être un pur contemplatif, je ne les accompagnerai pas.
* "crabes anglais", la couleur rouge qu'ils prennent à la cuisson, rappelle l'uniforme, la tunique rouge, des soldats anglais d'autrefois.
Sur les rochers habituellement immergés, on rencontre beaucoup de Chondrus crispus, cette algue rouge et frisée localement dénommée teilh piko ("algue dentelle"). Quand j'étais étudiant, avec mes camarades, nous profitions des grandes marées d'été pour cueillir ces algues que nous vendions à une usine aujourd'hui disparue. Je me rappelle les variétés les plus intéressantes, parce que les plus denses : delioù karotez (feuilles de carotte), delioù ledan (feuilles larges)... Je me souviens aussi des mains en sang après avoir été râpées par les aspérités des roches, les coups de soleil qui ne nous empêchaient pourtant pas de tomber de fatigue le soir, le sommeil nocturne traversé de cauchemars dans lesquels je m'escrimais à lutter contre la marée montante en traquant la moindre touffe de piko tant que l'eau ne m'arrivait pas au cou...
Les berniques (patelles) ou birinik, comme l'on dit en breton local, règnent sur les rochers.
J'entends la dame crier à son mari : "J'en ai un ! J'en ai un !" Un tourteau ?
Ces balanes ! Quels mauvais souvenirs de doigts écorchés par la "muraille" de ces étranges crustacés...

Les phares s'éloignent de plus en plus. L'altitude s'élève légèrement, me voici dans un champ de blocs de granite énormes, aux formes arrondies. Comme ils sont régulièrement chahutés par des vagues gigantesques et de forts courants, les macroalgues ne peuvent s'y fixer. De loin, on a l'impression d'un désert minéral.
En me tournant vers le nord-est, j'aperçois au loin un repère familier, le pignon blanc de la maison où je réside.

J'approche de la partie haute de l'île, celle qui est toujours émergée.
On y trouve même quelques rares végétaux nitrophiles qui profitent du guano des goélands pour se développer.
Les vagues ont hélas déposé leur lot de macro-déchets de plastique. En vérifiant les étiquettes des bouteilles et flacons, je note que la plupart d'entre eux portent des textes en espagnol. Ces déchets, portés par les courants et poussés par les vents, ont sans doute traversé le Golfe de Gascogne. Beaucoup nous viennent directement de la côte cantabrique ou du littoral de Galice éloigné de 650 km à vol de goéland.
(à suivre)
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