jeudi 9 avril 2015

La beauté et son revers


En ce début du mois d'avril, les terrains sableux situés au sud de la baie d'Audierne sont couverts d'un manteau somptueux de tulipes et de jacinthes.
















Hélas, les visiteurs enthousiastes ne connaissent généralement pas les conditions dans lesquelles ces plantes à bulbe sont cultivées.
Pour obtenir des plantes impeccables, exemptes de parasites, les producteurs ne lésinent pas sur les traitements phytosanitaires et, comme le secteur est très venteux (il n'est pas pour rien un "spot" internationalement renommé de planche à voile et de kite-surf), les épandages "profitent" aussi aux riverains qui reçoivent souvent des aérosols toxiques jusque dans leur jardin et parfois même leur maison. On peut de temps à autre voir des rampes d'épandage s'activer non seulement lorsque le vent dépasse la force admise, mais également sous la pluie et même dans le brouillard...
Dommages collatéraux? L'économie bulbicole passe, dans l'esprit de certains, avant le bien-être et la santé des riverains qui, pour la plupart, habitaient les lieux avant le développement de ce type de culture. Cependant, à l'échelle nationale, la prise de conscience progresse. En juillet 2014, l'Assemblée nationale a voté un texte restreignant l'épandage de pesticides à proximité de zones sensibles. Mais les simples habitations ont été oubliées. Nous aurions bien besoin d'une Georgina Downs !

Le fond de la baie d'Audierne est un site d'importance européenne pour l'hivernage des oiseaux migrateurs. L'usage répété de biocides a fortement réduit la biodiversité des zones consacrées à la culture de plantes à bulbe, ainsi que celle des étangs littoraux proches où parviennent les eaux de drainage. En été, certains de ces étangs voient d'ailleurs leur niveau baisser de façon spectaculaire du fait de pompages peu scrupuleux -dépassant fréquemment les quotas de prélèvement autorisés- en vue de l'arrosage des champs de bulbes.

Aux Pays-Bas, il y a des années que les "tulipes toxiques" sont pointées du doigt par des scientifiques :

With the use of 1,5 million kilograms of pesticide and 16 million kilograms of artificial fertiliser, the flower-growing sector is among the most polluting types of agricultural industry in the Netherlands. (Kamphuis, E. 2002) 

Dans le berceau de la culture des bulbes à fleurs, des Hollandais conscients du caractère éminemment polluant de l'activité bulbicole développent des filières de bulbes "biologiques"Leurs compatriotes installés en Bretagne seraient bien inspirés de suivre cet exemple, malheureusement ils ne semblent pas prêts à opérer la mutation.


2 commentaires:

  1. en te lisant j'ai finalement l'impression que je ne suis plus seule à hurler dans le désert :)

    une fois de plus je suis tt à fait d'accord. cette beauté ne m'émeut pas bcp à vrai dire, sous forme de monoculture, et arrosée á coup d'herbicides,pesticides et beaucoup d'eau, cette beauté três artificielle me laisse surtout extremement préoccupée.
    je préfère nettement les champs de fleurs sauvages, si belles et si importantes de ts points de vue.

    tu sais qu'au kenya, pays exportateur de fleurs, pour 1 rose consommée avec négligence en occident, on dépense environ 5000 litres d'eau? il faut trouver d'autres applications pour cette ressource si rare qui est l'eau....

    um imenso abraço, querido amigo.

    Cristina

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  2. Merci pour ton commentaire, Cristina. J'ai vu aussi le reportage sur la production de roses au Kénya, c'est vraiment navrant.

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